Sabine Pigalle

À PARTIR DU 16 SEPTEMBRE 2022 à CITÉCO
La salle des coffres accueille la série New Economy

De main en main, de cloud en cloud

D'or, de cuivre, d'argent, petit coquillage ou gros écu, la monnaie, depuis des siècles, permet d’acquérir : de quoi se nourrir, se désaltérer, se vêtir, se loger, se chauffer, se
parer, se divertir... De main en main, de poche en poche, de bourse en bourse, elle assure l’autonomie, favorise le négoce, conduit à la fortune. Monnaie sonnante et trébuchante, dit-on, qu’on fait cliqueter avec plaisir, avec fierté, qu’on gagne à la sueur de son front, qu’on économise patiemment, qu’on dépense sur un coup de cœur. Argent de poche, étrennes de Noël, pièce dorée glissée sous l’oreiller : que de souvenirs glissant petit à petit vers l’oubli, tandis que la dématérialisation numérique gagne. Aujourd’hui, la e-carte cadeau et les banques en ligne précipitent l’éradication de la petite monnaie, tandis que le bitcoin énergivore affole les places boursières. On paye ses courses avec son téléphone portable, on gagne des crypto millions le matin qu’on a perdus le soir. Produire l’objet monnaie a-t-il encore un sens, quand les métaux précieux sont court-circuités par l’industrie digitale, la téléphonie mobile et le business des objets intelligents ? New economy rules !!! Désincarnée dans le cloud, menée à un train d’enfer par les I.A., les bots, les algorithmes qui distancent les traders, la récente pandémie qui a fait exploser le commerce en ligne, les transactions monétaires intangibles, la plongée dans le Métavers. Un sujet en or pour Sabine Pigalle, prompte à tourner les dérives contemporaines en dérision.

Numismatique pandémique

Inconditionnelle de la relecture amusée et amusante des grands maîtres de la peinture, l’artiste parisienne a jeté son dévolu sur l’univers de la numismatique. 2020 : un confinement après l’autre, cette adepte de la post photographie réinvente les monnaies prestigieuses. S’y invitent, de profil ou de face, des personnages célèbres, des figures historiques du pouvoir monarchique comme Charlemagne, Louis XIV, Marie-Antoinette, Victoria, Juan Carlos, des outsiders politiques comme Gandhi, le Che ou Donald Trump, des visages tutélaires, vénérable mandarin, guerrier aztèque, altière Néfertiti. Masqués, tous, qui de diamants, qui de lauriers, qui de plumes, qui d’une couronne, qui d’un bec de canard... Inversions grotesques estampillées d’un “Covid XIX” gravé en écrasantes lettres antiques. Suffisants, pompeux, ridicules ? Dérisoires. Des reliques du passé rassemblées sous le label “New Economy”. Cynisme ?
“C'est le côté universel des effigies qui m'intéresse, sans jugement de valeur quant aux idéologies véhiculées par les protagonistes : en choisissant toutes ces incarnations, vivantes ou non, ayant existé ou non, j’ai voulu faire état des doctrines économiques aussi antinomiques que les idéologies capitalistes ou communistes, émanant de pays puissants ou sous-développés”. Des sensibilités contraires dont la pandémie a brutalement annulé les antagonismes, gommé un peu plus la mémoire. Qui aujourd’hui identifie avec exactitude ces profils de scientifiques, de ministres, de révolutionnaires ou de souverains ? Ces deniers où ils s’affichent,
encrassés au fil du temps et des tractations, sont en passe de devenir des pièces de musée. Là où elle était preuve de richesse et de puissance, la monnaie concrète, tactile, est-elle devenue has been ? Un sujet de choix pour les historiens, les collectionneurs... et les artistes.

Réinventer un système malade ?
Sa finalité : fluidifier la diffusion d’informations, intimes ou officielles, personnelles ou professionnelles, sentimentales ou commerciales. Les codes de fabrication, aussi cadrés que ceux de la monnaie, identifient le pays d’origine, le coût, la date d’émission, le nom du créateur. Quant à l’illustration, elle indique la valeur monétaire du timbre, tout comme sur les billets de banque. Au fil du temps, les techniques d’impression s’améliorent, les formes se diversifient, les séries limitées se multiplient. Certains modèles sont ainsi devenus des raretés, prisés des philatélistes, d’autant plus côtés que leur motif a été signé par un artiste à la mode. Un art en soi donc, similaire à celui de la numismatique. Sabine Pigalle, comme à son habitude, en pervertit les conventions avec l’inventivité et l’humour qu’on lui connaît. Adepte du système D, elle trouve avec la version timbrée de “New Economy” le moyen d’intensifier sa réflexion.

“Pas cher à produire, mais un grand pouvoir de diffusion... et de viralité.” Une manière impertinente de nous rafraîchir la mémoire, une fois de plus ? Les virus, biologiques, informatiques ou informationnels, ne datent guère d’aujourd’hui. Qu’il s’agisse du système monétaire classique ou du réseau postal, d’internet, de la pièce de monnaie ou du timbre, l’objectif demeure le même : transmettre et échanger. Des nouvelles, des biens, des services. Les diffuser toujours plus vite, toujours plus loin, tous azimuts. Pour le meilleur et pour le pire ? Si les grandes pestes du temps jadis se propageaient via les caravanes et les bateaux des marchands, elles se répandent aujourd’hui au gré des voyages aériens, du tourisme de masse ; en écho, les virus internet contaminent toujours plus sites et réseaux, tout comme les fake news, les post-vérités. Oui, le système est malade, et Sabine Pigalle, avec la série “New Economy” nous invite/incite à en prendre conscience, y réfléchir... et à le réinventer ?

Delphine Neimon - Rédactrice en chef - The ARTchemists

Sabine Pigalle

Citéco
Cité de l’économie
1 place du général Catroux
75017 Paris

Œuvres

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