Énigmes//Olivier Nottellet

09 septembre au 27 octobre 2018

Interruption du 26 septembre au 06 octobre 2018

 

 

La maison de Steve, acrylique et encre de chine sur papier, 50x65, 2017

OLIVIER NOTTELLET

par Claire Guézengar

Le travail d’Olivier Nottellet est hanté par un fantôme tricéphale qui se joue des espaces qu’il traverse (la feuille, le mur, la pièce). Qu’il «convoque tantôt l’écrivain, l’architecte ou le cinéaste», c’est le plus souvent sous l’apparence du dessinateur que l’esprit a choisi de se montrer.
Ses dessins sont des masses noires qui s’écroulent, rebondissent, se diffractent, s’épanchent et explosent. Toute une grammaire légèrement désaxée, branlante, d’où émergent parfois des personnages à tête noire encombrés d’objets, des constructions précaires proches de l’effondrement, des cadres vides empilés et désorientés. Les dessins habitent d’abord l’espace de la feuille blanche, celle des cahiers, que l’artiste produit et qu’il exploite comme matériau en vue d’une future adaptation: «Ce qui m’intéresse, c’est d’utiliser cette matière; j’ai une manière cinématographique de l’utiliser, je me promène parmi les dessins comme avec une caméra.»
Comme des acteurs d’une histoire à venir dont le lieu sera l’espace de l’exposition, les dessins migrent des cahiers pour ve- nir se confronter à la réalité des murs; ils s’agrippent aux changements d’échelle, moquent portes et fenêtres pour donner la réplique à des objets qui leur ressemblent et avec lesquels il leur arrive de s’accoupler.
Echappés de leur espace bidimensionnel, ils produisent le dialogue de leur présence conjuguée et éphémère: leur apparition ne dure que le temps de l’exposition. Pas de camouflage, ni de trucage, car Olivier Nottellet «déteste le trompe-l’oeil» et invite le spectateur à observer ce qui se passe en hors-champ, car tout est donné à voir. Le spectre du cinéaste donc, mais un cinéaste qui construit des films sans scénario préalable.
Pour Olivier Nottellet, le travail «consiste à émettre une hypothèse dans un espace: que ce soit une feuille, une salle, une définition». L’espace de l’exposition va devenir non pas le lieu de la résolution, mais la formulation de cette hypothèse. Il va s’agir de mettre en situation, d’opérer des glissements, de travailler des articulations, d’utiliser «le paradoxe du mur érigé, obstacle au regard et lieu de perspective, de projection» pour tenter des raisonnements insensés et souvent tronqués que le spectateur s’efforce de suivre et de compléter. (...)