Brigitte Zieger - Pieces of Possible History

11 septembre - 31 octobre 2014 / Vernissage jeudi 11 septembre 18h - 21h // Interruption du 24 septembre au 8 octobre 2014

En apparence douce et séductrice, l’œuvre de Brigitte Zieger use régulièrement du charme ornemental pour introduire des perturbations critiques. Elle nous vise directement pour nous interpeller sur les failles et les injustices générées par un système dominant-dominé qui régit le récit de l’Histoire et le fonctionnement des sociétés actuelles. En ce sens la représentation des femmes joue un rôle important dans la réflexion de l’artiste qui puise dans une iconographie spécifique : les femmes en résistance. Alors, elle présente des femmes armées qui prennent en joug le regardeur, des portraits de femmes dangereuses et activement recherchées, ou d’autres, rebelles, en lutte contre un système excluant. Brigitte Zieger articule les symboles du pouvoir et de l’autorité masculine (iconographie guer- rière) avec les stéréotypes liés au genre féminin (maquillage, ornementation) pour construire un discours profondément engagé dans une relecture sociale, politique et historique des images.

La série Counter Memories s’inscrit dans le prolongement de sa réflexion critique. Au départ, les images étonnent par leur étrangeté. Nous comprenons ensuite qu’il s’agit d’impressions grand format de photographies retravaillées. Les images d’origines sont prises par l’artiste dans les salles de musée présentant des pièces d’art antique. Brigitte Zieger cible et collecte les sculptures et les objets figurant des dieux guerriers et des lutteurs. Qu’ils soient en représentation ou en action, ils incarnent le pouvoir et l’ordre phallique. Au moyen d’un découpage numérique, elle prélève leur contenu, seules les silhouettes demeurent sur les socles blancs. Elle y incruste d’autres images qui, peu à peu, se révèlent à nos yeux. Elles sont travaillées à partir d’un effet bas-relief numérique doté d’une teinte métallisée. Au creux des aspérités d’une texture factice apparaissent les visages et les corps de jeunes hommes et de jeunes femmes. Elles proviennent d’archives restituant les acteurs et les spectateurs de rassemblements musicaux comme Woodstock ou le festival de l’île de Wight. Entre 1968 et 1970, les festivals, au même titre que la scène artistique, représentaient non seulement un territoire de contestation, de manifestation et de revendication (culturelles, sociales, raciales, sexuelles), mais ils étaient aussi les lieux d’expérimentations nouvelles et de libération corporelle. Au hiératisme des corps guerriers, l’artiste substitue les corps d’une jeunesse en quête d’un nouveau souffle. Les expressions rieuses et extatiques balayent la raideur et la neutralité d’une représentation officielle. Les dieux font place aux anonymes révolutionnaires. Entre apparition et disparition, leurs visages se confondent avec la matière numérique. Brigitte Zieger rassemble les pixels de l’Histoire, pour re-matérialiser le souvenir d’une utopie sociale évanouie.

Avec Counter Memories, Brigitte Zieger opère à plusieurs déplacements. En sculptant les images, elle combine le réel et la fiction. Ainsi, elle engage un dialogue visuel et physique avec le regardeur. Le format généreux (160 x 217 cm) invite à une expérimentation de l’image. Les ombres projetées sur les murs colorés en arrière plan, semblent être les nôtres. Un trouble visuel est établi. L’artiste produit également un ensemble de déplacements historiques, sociaux, politiques, genrés et culturels visant à la déconstruction de hiérarchies et de normes persistantes. Ainsi, les images se font les monuments virtuels d’une contre-mémoire (d’une contre-culture) que l’artiste ne cesse de matérialiser et de nourrir.

 

Julie Crenn