Collision - Marko Velk

4 juin / 25 juillet 2015 - Interruption du 24 juin 2015 au 3 juillet 2015

Marko Velk dessine au fusain et au pastel sec.

Il distille une blancheur à peine lumineuse qui se détache du fond sombre comme une évaporation nuageuse. Des phantasmes semblent avoir été projetés par le souffle d’une secrète inquiétude. Mais quels sont-ils ?

Ils palpitent, vibrent de leur transparence, flottent dans un espace sans profondeur ni gravité.

Les précédentes séries révélaient l’énergie d’un trait compulsif.

En s’appuyant sur le fond blanc du papier Marko Velk laissait advenir une fantasmagorie dans un chaos de lignes noires à l’énergie ardente.

Superpositions d’images, éclatements des corps, cette dramaturgie violente démantelait les corps, éparpillait les viscères, dévoilait les squelettes, affichait la vanité.

Ce nouveau chapelet d’images est teinté d’un plus grand calme, d’un silence mystérieux, Presque recueilli qui résonne d’une certaine gravité.

Le noir profond, la matière charbonneuse, semblent préexister dans une « nébuleuse d’absorption » d’où se détachent des figures étranges et fantomatiques. Une texture enveloppante, duveteuse et sensuelle veut étouffer les sons, les perceptions, pour ne retenir que des morceaux étranges et immobiles. L’apparente quiétude qui réside dans ce nouveau chapitre répond à d’anciennes séries telles que Sotto Voce, What is left et What’s missing, résonnance et réminiscence de ce noir obscur et suave.

Du portrait d’Innocent X peint par Vélazquez et défiguré par Bacon, il ne reste que les bras posés sur les accou doirs du fauteuil.

Des formes géométriques flottent dans une blancheur absolue autour d’une fillette à tête de singe ; deux corps d’hommes en costume, dont on ne voit que les jambes, portent énigmatiquement un trousseau de clés à la ceinture ; un corps sans tête assis dans le vide, écorché au ventre, laisse entrevoir ses entrailles ; un buste, revêtu d’une chasuble et dont les mains se croisent posément, porte un masque effrayant semblable à ceux des rites archaïques ; trois fillettes aux longues tresses se figent dans en ronde : COLLISION

Les carrés noirs qui accueillent ce cortège pourraient être les écrins de velours d’un jeu de carte aux figures chimériques.

Peut-être un jeu de tarot dans lequel chaque personnage, affublé de ses attributs, fonctions et pouvoirs, évolue dans un cosmos prêt à s’évanouir par une nuit intranquille.

A la façon d’une Alice au Pays des merveilles qui déambule parmi des créatures étranges, le spectateur est ici immergé dans un monde où le réel n’est que souvenir. Ces figures, comme des émanations de réalités parallèles, relatent ainsi une histoire où Art, mythes, images

populaires et imaginaires communs s’entrechoquent. Il reste à savoir ce qu’elles signifient, ce qui immanquablement demeure l’énigme de ces dessins. Le spectateur a les cartes en main, à lui d’imaginer à quelles lois elles obéissent.

Pourtant, c’est dans une œuvre plus récente réalisée par Marko Velk qu’une lumière aveuglante, repoussée par la main d’un fœtus émergeant du néant, éclate.

Affirmation, indice ?

La COLLISION est inévitable…