Le ventre de la montagne - Florence Reymond

15 mars / 03 mai 2014

“Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie.”[1] C’est lors de son périple en Inde que Florence Reymond a initié un véritable changement lié aux nouvelles expériences qui, tel un parcours initiatique, lui ont permis de franchir un seuil décisif. La matière dans les œuvres de l’artiste, qu’elle souhaite à présent riche et généreuse, transforme l’espace pictural en espace vécu. L’iconographie devient plus abstraite et c’est une autre représentation de l’enfance qui se met en place. Le motif de la maison reste au centre des préoccupations de Florence Reymond, mais prend alors une dimension universelle. Il peut encore apparaître comme maison de l’enfance : demeure familiale, protectrice et fief des transmissions, ou sous forme plus ambiguë, en évoquant la prison. Mais souvent, la bâtisse adopte désormais des formes plus archaïques: temple, autel, grenier à grains, montagnes... Dès lors, les peintures de l’artiste montrent que les notions de transmission et de spiritualité ne sauraient se contenter du cadre familial. Un cadre en effet trop restrictif face aux (nombreuses) nouvelles interrogations portées sur toile. Ces différents édifices, qu’importent les senti- ments qu’ils inspirent, semblent tous être le refuge des secrets d’une interminable quête de sens. Souvent les illustrations à destination d’un jeune public, reprenant le vocabulaire enfantin, gomment la perspective, notion trop com- plexe de l’espace. Ainsi l’artiste s’attache à construire ses toiles sur le même mode simplifié pour évoquer le monde de l’enfance. Éliminer la troisième dimension est une volonté : le parti pris de renoncer à représenter l’apparence pour lui substituer un espace intel- lectuel. Cette simplification des compositions transformerait presque la recherche picturale en un jeu d’enfant. Ce passage transitoire sous le sceau de la maturité marque également un glissement des problématiques qui officient comme sources d’inspiration. L’enfance, au-delà de son aspect naïf, voire parfois cruel, est dorénavant confrontée aux notions d’origine, de famille (les transmissions qu’elle peut offrir tout comme les limites qu’elle peut imposer). L’impact est d’autant plus efficient que le rendu allusionnel permet de suggérer avec précision, plutôt que de représenter, les ques- tionnements ayant donné naissance aux œuvres. Une simplification jusqu’à la genèse des thèmes abordés en somme, car «le voyage est un retour vers l’essentiel »[2]. Certains aspects restent inchangés : chaque toile se présente comme une arcane dont il est difficile de cerner les tenants et les abou- tissants. Mais ces énigmes se sont complexifiées avec le temps et prennent désormais la forme de polyptiques dont le nombre ne dépend sans doute plus que des restrictions d’espace imposées par l’atelier de l’artiste. Ces peintures dévoilent une énergie nouvelle à travers une démarche dans laquelle tout le lexique de l’enfance se réinvente. « La peinture est le lieu de la reconstitution », disait il y a déjà longtemps Florence Reymond. Désormais, l’artiste aux facettes in- soupçonnables semble vouloir nous démontrer à travers ce parcours que rien n’est acquis et que la quête de sens n’est accessible qu’à celui qui, coute que coute, reste prêt à prendre le risque de se réinventer. [1] Alphonse de Lamartine [2] Proverbe tibétain