Dessinez Eros! - Camilla Adami, Margaux Bricler, Guillaume Dégé, Hélène Delprat, Erró, Leyla Goormaghtigh, Jean-Jacques Lebel, Frédéric Léglise, Iris Levasseur, Thomas Lévy-Lasne, Boris Lurie, Tom de Pekin, Julie Polidoro, Florence Reymond, Hervé di Rosa, Simon Rulquin, Danielle Schirman, Valérie Sonnier, Raphaël Tachdjian, Marko Velk

11 juin-22 juillet 2014 // Vernissage Mercredi 11 juin 18h/21h - Interruption du 26 juin au 4 juillet

On dessine avec son désir et je n’en finis pas de désirer. C’est l’ultime phrase légèrement détournée du journal intime et sentimental désormais légendaire de Roland Barthes (R.B. par lui-même, Editions du Seuil). On ne saurait mieux se référer quand on se souvient que Barthes n’excluait pas que le dessin participe pleinement de l’activité d’écriture. Bien qu’il ne pratiqua pas un trait mimétique, ses dessins ne furent pas seulement des méthodes pour tromper l’ennui lors de lourds séminaires. Ils trahissaient une nervosité toute libidinale.

Pourquoi le dessin – mine de plomb, encre, lavis, gouache sur papier - offre-t-il autant de troubles sensuels que d’abstractions qui l’épargnent de la banale pornographie ? Parce que le dessin, bien qu’il ausculte, analyse, détaille et trahit la fascination érotique, a cette particularité spécifique de mettre simultanément le corps à distance. La mine, la plume ou le pinceau révèlent l’intimité de ceux qui les manient. Mais aucune autre expression - picturale, sculpturale ou photographique – ne met autant et délibérément en avant l’inachèvement, le doute, l’aveu du repentir, l’expérimentation.

Dessiner est le résultat d’un équilibre entre l’œil, cette friandise cannibale (Stevenson), et une mémoire d’aveugle (Derrida) : avidité du regard et errance de la main.

En d’autres termes, dessiner pour faire l’amour et pratiquer immodérément l’amour du dessin. Les plus grands maîtres n’ont cessé d’illustrer cela au long de l’histoire de l’art. Et tous les minimalismes et tous les conceptualismes n’ont pas épuisé le goût du dessin dans l’art contemporain et surtout ce qu’il dévoile du jardin secret de l’artiste.

Avec Odile Ouizeman, j’ai sélectionné des artistes de générations différentes dont tous pratiquent cette petite transe qu’est le dessin, ces gestes d’appropriation d’un corps désiré que réalisent les lignes et les lavis, les hachures et les gommages. Seules la curiosité, les rencontres de hasard, l’amitié partagée avec des artistes, mais également l’envie de témoigner de la particulière sensibilité féminine qui a investi depuis plus d’une décennie le désir dessiné, ont conduit cette sélection.

Dominique Païni