31 janvier / 28 mars 2015 - Interruption du 3 au 13 mars 2015

Géodésie, l’impossible tracé

 « Hic sunt dracones.

Ici il y a des dragons. »

« Constituer un territoire, c’est presque la naissance de l’art » [1] déclarait Deleuze.

Nourrie par de nombreux mythes, la cartographie médiévale désignait par cette injonction latine, les territoires inconnus ou dangereux sur les cartes.

Déjà les lignes de Nazca, géoglyphes découverts dans le sud du Pérou, matérialisaient, par des figures gravées à la surface d’un sol aride, des formes animales de divinités pré-incaïque, singes, condors, jaguars…ainsi que des figures géométriques, lignes, spirales, trapèzes…

Porteurs de cette fascination qui a poussé l’humanité à penser l’espace pour pouvoir penser le monde, les artistes contemporains poursuivent et réactualisent toutes sortes de propositions visant à décrire, cerner, transformer, inventer l’espace et le territoire même si les « terra incognita » à parcourir restent toujours un danger.

La préservation de notre planète devenue une urgence, les artistes observent et questionnent un espace où la mondialisation touche les échanges, les migrations, les nouvelles technologies de la communication et de l'information…

Du grec ancien gễ « Terre » et daíô « diviser » la géodésie, science destinée à l'origine au tracé des cartes, s'est attachée à résoudre le problème des dimensions, puis de la forme de la terre. Tracer, Diviser…mais quelles sont les possibilités de tracer les contours d’un monde dont la mobilité s’accélère ?

Les œuvres réunies pour cette exposition visent-elles à esquisser les bordures d’une géographie fictionnelle, à chercher de nouvelles Terra Incognita, à révéler le paradoxe d’établir une carte dans un paysage en constante évolution ?

« Toute carte est liée au projet de rendre visible l’invisible. Fiable ou pas, trompeuse ou imprécise, l’information donne toujours forme et figure à une réalité parfois très abstraite. »[2]

Et Derrida nous rappelant que dans l’acte du dessinateur l’invisible prolifère…avec trois aspects à cette prolifération : Le trait qui sépare, différencie, écarte, puis dans l’acte d’écarter, disparaît…

C’est ainsi que Yoan Béliard, Caroline Corbasson, Pauline Delwaulle, Théodore Fivel, Laurent Pernot, Jiratchaya Pripwai, Augustin Steyer, Marie Velardi, Tatiana Wolska et Brigitte Zieger convoqueront tour à tour dans ces formes indéfinies, dans le flou du contours, dans l’instabilité du devenir, dans l’infinitude, l’impossible tracé d’une géodésie.

 


[1] Gilles Deleuze, l'Abécédaire, avec Claire Parnet, produit et réalisé par Pierre Boutang, éd. Montparnasse, édition en format DVD, 2004. Il s'agit ici d'un passage évoqué à la lettre A comme Animal.

 

[2]Guillaume Monsaingeon, Mappamundi art et cartographie, Hôtel des arts de Toulon, Parenthèses,  p.40, 2013.