Le lieu où se déroule la scène - Nicolas Delprat

4 avril / 30 mai 2015 - Vernissage le samedi 4 avril 2015 18h / 21h

 

Effet d’apparition. Frisson lumineux. La lumière blanche se répand comme un halo éphémère, une trace évanescente qui s’étale pour absorber les zones d’ombre.

La lumière n’est-elle pas déjà à la genèse de la mise en scène, du décor de l’action, de l’événement à venir ?

Elle focalise le regard sur Le lieu où se déroule la scène. Evènement en soi, elle condense déjà toutes les interrogations de l’énonciation : où, quand, comment, quoi ?

Les peintures de Nicolas Delprat semblent scander des éclats fulgurants de lumière, des flashs qui résonnent de surface en surface sur des objets mystérieux.
Le brame puissant d’un cerf, figé dans le temps, semble être un appel résonnant parmi les toiles brumeuses. Absorbé dans cette rêverie sonore, le spectateur est placé au cœur d’une expérience physique.

La lumière est un outil dramatique, « les rayons lumineux sont transformés en sur- faces, en lignes, en petites taches, voire en volumes ou surface donnant l’impression d’une semi-transparence»(1). Produire des formes, c’est déjà là l’essence de toute représentation. Faire vibrer imperceptiblement la surface de la toile pour la rendre éloquente.
La taille des peintures, souvent proche de l’échelle humaine, imprègne le corps du spectateur dans ce brouillard enveloppant, d’où émerge des frissons lumineux, entre immobilité et fluctuation. Ecartant toute trace de la main et du pinceau, les peintures de Nicolas Delprat happent le spectateur dans une esthétique cinématographique.
La plasticité de sa peinture, semblable à un effet optique de photographie, produit un trouble dans la perception. Ses images évoquent un souvenir net de plans de cinéma, mais pourtant la référence reste imprécise. Dans la plupart des ses peintures, on ne peut identifier la source. Nicolas Delprat explore la mémoire des œuvres. Que reste-t-il de la vision d’une œuvre, ou d’un film ? Des images mentales, des « stéréotypes d’images cinématographiques », nous éclaire Nicolas Delprat. Inspiré par Lynch, De Palma, Fleischer, Kubrick, il est également fasciné par les installations lumineuses de James Turrell. Il lui rend notamment hommage en convoquant le moment précis du souvenir visuel qu’il a gardé de l’installation, reliquat de l’œuvre et non imitation de celle-ci.

Délaissant la présence humaine dans ces images, les rayons lumineux trahissent pourtant un hors champ suggérant l’idée d’une présence. A première vue abstrait, ou du moins fragmentaire, son univers révèle une certaine narration à l’œuvre, qui résonne par écho de toile en toile. Si la continuité ou la durée sont parmi les outils de narration du cinéma, la peinture a elle aussi ses propres moyens de figurer un événement : Nicolas Delprat explique que ses œuvres sont l’amorce d’une narration, d’un devenir de l’image que le spectateur est libre de fantasmer.

Chacune de ses peintures est une focalisation sur un événement lumineux.
La lumière a dans ses oeuvres une valeur de modulation, de vaporisation de l’espace. Elles semblent répondre à une condition sine qua none d’existence : les peintures émanent du noir, qui, « comme toute autre nuance a ses clairs, ses demi-teintes, ses ombres. »(2) Dans l’épaisseur de l’obscurité, la lumière sculpte des formes aux contours vibrants, traces évanescentes qui s’étalent pour absorber les zones d’ombre. « Ce blanc, tout à la fois focalisé, intense et diffus, ce blanc souverain apparaît là comme ultime objet pictural de la contemplation. »(3) observe Georges Didi-Huberman à propos de l’Annonciation de Fra Angelico.

Ainsi, Le lieu où se déroule la scène est-il l’espace dans lequel Nicolas Delprat révèle lumière et images par un éblouissement qui découpe l’espace et guide notre perception vers des trajectoires, de multiples directions qui crépitent en particules blanches vaporeuses, reliquat d’un immatériel?

 

(1) Jacques Aumont, Matière d’images, redux

(2) Théophile Gauthier, Portraits contemporains, 1874

(3) Georges Didi-Huberman